Les voitures Norev anciennes font partie de ces objets qui racontent l’histoire industrielle française et éveillent la nostalgie des enfants devenus grands. Entre la rhodialite qui jaunit avec le temps et les détails minutieux des calandres, ces miniatures sont devenues des témoins silencieux d’une époque où le plastique révolutionnait le monde du jouet. À travers cet article, je vous invite à plonger dans l’univers fascinant des Norev vintage, ces petits bolides qui valent aujourd’hui bien plus que leur prix d’origine.
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ToggleLa naissance d’une légende française
L’histoire de Norev débute dans un contexte d’après-guerre où la France se reconstruit et redécouvre le plaisir simple du jeu.
C’est en septembre 1945 que les frères Véron (Paul, Joseph et Émile) fondent cette entreprise qui deviendra emblématique dans le paysage du jouet français. Le nom même de la marque recèle un secret que les chineurs avertis connaissent bien : Norev n’est autre que Véron lu à l’envers, un anacyclique qui marque aussi la promesse de « nos rêves » d’enfant. Les débuts sont modestes, avec des jouets en plastique variés comme des machines à coudre miniatures ou des biberons pour poupées. Ce n’est qu’en 1953 que la société se lance dans l’aventure des voitures miniatures, face au succès des Dinky Toys métalliques.
Une miniature Norev des années 1950-1960 en bon état peut se vendre entre 50€ et 300€ selon le modèle et sa rareté.
Les premières séries sont aujourd’hui très recherchées pour leur authenticité et leur caractère historique.
Après la Simca Aronde vinrent la Ford Vedette, la Citroën 15 Six, la Panhard Dyna Z et la 4CV Renault. Ces modèles pionniers se distinguaient par leurs pare-chocs métallisés fins et fidèles aux originaux, mais aussi par des roues colorées et des pneus blancs qui trahissaient leur époque. Pour le chineur expert, ces détails sont des indices précieux pour dater et authentifier une pièce.
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L’âge d’or des miniatures Norev
Les années 1960 marquent l’apogée créative de Norev, avec une diversification sans précédent de la gamme.
Durant cette période faste, Norev élargit considérablement son catalogue pour couvrir pratiquement tout le parc automobile français. Des Peugeot 204 et 404 aux Citroën 2CV, 3CV et Ami 6, en passant par des modèles prestigieux comme la Maserati Ghibli ou la Ferrari 246, la marque lyonnaise s’impose comme un acteur incontournable. J’ai pu constituer au fil des années une collection représentative de cette époque, chaque pièce m’ayant demandé patience et persévérance.
Ce qui me fascine dans ces miniatures, c’est leur précision malgré les contraintes techniques de l’époque. Les utilitaires comme la Renault Estafette, le Citroën HY ou le Peugeot J7 sont reproduits avec un souci du détail étonnant. Même chose pour les camions Berliet TBO, disponibles en plusieurs versions (porte-automobiles, benne, porte-engins), qui impressionnent par leur taille et leur finition. La gamme s’étend jusqu’aux engins de travaux publics et aux camions de pompiers, témoignant de l’ambition de Norev de reproduire l’intégralité du monde automobile en format réduit.
Distinction collection : Les boîtes d’origine sont essentielles pour la valeur des Norev anciennes. L’évolution des emballages permet de dater précisément les modèles : des boîtes en carton aux boîtes à socles avec Rhodoïd, puis aux boîtes « à oreilles » et enfin aux coques plastiques.
L’évolution des emballages raconte elle-même une histoire. Les premières boîtes cartonnées laissent place à des boîtes à socle recouvertes d’un Rhodoïd transparent, puis aux fameuses boîtes « à oreilles » (dotées d’opercules), pour finir par des coques plastiques plus modernes. Pour le collectionneur que je suis, l’état de la boîte est presque aussi important que celui de la miniature elle-même, pouvant faire doubler le prix d’une pièce rare. Les modèles Norev Baby, commercialisés dans des boîtes à damier ou percées d’un orifice pour montrer la couleur du véhicule, représentent une sous-catégorie recherchée pour leur singularité.
À cette époque, la finesse de gravure des Norev, la présence de pièces rapportées et leur prix abordable en font des jouets populaires dans les foyers français. Je me souviens encore du garage Norev que m’avait offert mon grand-père, avec sa rampe d’accès où dévalaient les petites autos. Ces souvenirs collectifs expliquent en partie l’engouement actuel pour ces miniatures auprès de collectionneurs qui retrouvent leur jeunesse à travers ces objets.
La maladie du plastique : le talon d’Achille des Norev
Le matériau qui fit la force de Norev devint paradoxalement son point faible avec le temps.
La rhodialite, ce plastique innovant utilisé par Norev, s’est révélée sensible au vieillissement. Ce phénomène, connu sous le nom de « maladie du plastique », affecte la plupart des miniatures anciennes de la marque. Mon expérience m’a appris à reconnaître les signes avant-coureurs : jaunissement, fissures microscopiques, et dans les cas graves, déformation ou effondrement de la structure. Cette fragilité constitue aujourd’hui un critère déterminant dans l’évaluation d’une pièce. Face à ce problème technique, Norev a dû s’adapter. L’entreprise a progressivement abandonné la rhodialite pour se tourner vers des matériaux plus stables. Cette évolution s’est traduite par le lancement de la série Jet-car en métal, mais aussi par une tentative intermédiaire avec la gamme Cométal qui associait un plancher métallique à une carrosserie plastique. Les modèles emblématiques de cette transition incluent la Renault 4L, la 2CV (dont une version publicitaire pour Canard-Duchêne qui s’arrache aujourd’hui à prix d’or), et la VW Coccinelle.

Pour nous chineurs, cette évolution technique crée une stratification intéressante du marché des collectionnables. Les premiers modèles tout plastique intacts sont extrêmement rares et valorisés, tandis que les séries Cométal et Jet-car, plus résistantes, sont plus accessibles. J’ai pu observer cette hiérarchie des prix lors des salons spécialisés comme celui de Vaulx-en-Velin, berceau historique de la marque depuis sa reprise.
Les séries spéciales et raretés qui font rêver les collectionneurs
Certains modèles Norev atteignent des sommets en salle des ventes pour leur caractère exceptionnel ou leur production limitée.
Les micro-miniatures au 1/86e lancées par Norev représentent une catégorie à part dans l’univers de la collection. Cette série, suivie par sa variation métallique des « micro-métals », a connu un succès considérable et constitue aujourd’hui un domaine de spécialisation pour certains collectionneurs. Ces minuscules reproductions, qui tiennent dans un dé à coudre, impressionnent par leur niveau de détail malgré leur taille réduite.
En 1976, un événement majeur secoue le monde des miniatures : Norev cède plusieurs de ses modèles emblématiques à la marque naissante Eligor. Le Citroën HY, la 3CV Fourgonnette, la Traction, la Rosalie, mais aussi la Renault 4CV et les Peugeot 203 et 403 changent ainsi de main. Cette cession a créé une discontinuité dans la production qui attise aujourd’hui l’intérêt des collectionneurs. Les derniers modèles fabriqués par Norev avant ce transfert sont particulièrement prisés, tout comme les premières versions d’Eligor qui conservent l’ADN Norev.
Les modèles publicitaires Norev des années 1960-70 peuvent atteindre 500€ en vente aux enchères, notamment les versions pour Canard-Duchêne, Cinzano ou Martini.
La Simca Chambord en vert métallisé, les Panhard PL17 en couleurs peu courantes, ou encore les versions publicitaires comme la DS Vittel sont des trouvailles qui font accélérer le pouls de tout collectionneur. Ces pièces deviennent chaque année plus difficiles à dénicher, leurs propriétaires ayant pris conscience de leur valeur patrimoniale et marchande.
La renaissance de Norev : entre nostalgie et modernité
L’année 1986 marque un tournant décisif dans l’histoire de Norev avec sa reprise par Marc Fischer, qui réoriente la stratégie vers le marché des collectionneurs.
Cette renaissance s’accompagne d’un repositionnement stratégique. Abandonnant progressivement le marché du jouet, Norev se concentre sur les miniatures de collection, secteur en pleine expansion. Les partenariats avec les constructeurs automobiles français comme Peugeot, Citroën et Renault permettent à l’entreprise de produire des répliques officielles vendues en concession. La Peugeot 206 devient le symbole de ce nouveau départ, inaugurant une longue série de modèles contemporains finement détaillés.
Ce qui m’intéresse particulièrement dans cette nouvelle ère Norev, c’est la décision de rééditer les modèles originaux. Ces rééditions, fabriquées en Chine mais fidèles aux moules historiques, sont proposées par abonnement et permettent aux collectionneurs de compléter leurs séries sans se ruiner. Si ces rééditions n’ont pas la valeur émotionnelle et financière des originaux, elles constituent néanmoins une alternative intéressante pour les amateurs.
La diversification vers de nouvelles échelles comme le 1/18e et plus récemment le 1/12e montre l’adaptation de la marque aux tendances actuelles du marché. Ces grands formats permettent un niveau de détail impressionnant, avec des portières et capots ouvrants, des intérieurs fidèlement reproduits et même des moteurs miniatures fonctionnels. Pour le collectionneur que je suis, habitué aux formats classiques 1/43e, ces nouvelles propositions élargissent le champ des possibles tout en posant un défi d’espace d’exposition !
Les voitures miniatures Norev anciennes représentent bien plus que de simples jouets démodés. Témoins d’une industrie française innovante, ces petits véhicules en rhodialite racontent l’histoire de notre rapport à l’automobile et à l’enfance. Pour le chineur passionné, chaque miniature dénichée est une victoire contre l’oubli, un fragment de mémoire collective préservé. Qu’elle trône dans une vitrine ou qu’elle poursuive sa vie entre les mains d’un enfant émerveillé, la Norev ancienne continue son voyage, transportant avec elle les rêves de plusieurs générations.
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